UN AFRICAIN EN ALLEMAGNE

Franklin Nkangou Mikangou

UN AFRICAIN EN ALLEMAGNE

Grande interview

Entretien entre Samba Nzoko et Franklin N'kangou Mikangou,

Promoteur artistique, journaliste et éditeur de "Béto Magazine", fondateur de l'association Béto e.V.

Des extraits de ce long entretien intitulé " un africain en Allemagne" ont déjà été publiés en grande partie dans certaines parutions de "Béto Magazine, édition allemande à la fin des années 90.

L’ entretien a par la suite fait l’ objet d’ un petit livre édité en Allemand en 1997. Le présent titre, qui pourrait être aussi remplacé par: "un journaliste-éditeur africain et promoteur artistique en Allemagne", aimerait alimenter le débat et fournir des réponses pratiques en la matière de la réflexion sur les nouvelles base du développement de l' Afrique, ainsi que sur l'intégration des Africains en Allemagne. Dans ce long extrait actualisé, Franklin Nkangou Mikangou nous fait part de son expérience entant journaliste africain, fondateur du Magazine Béto et promoteur de la culture africaine en Allemagne pendant plus de 2 décennies. Il veut avec cette prise en langue francaise contribuer à la réfléxion sur l’ engagement et à la manière pour les Africains d’ aborder les problèmes à auxquelles ils sont confrontés en Afrique et partout dans le monde. Les Africains sont appelés à mettre en valeur leurs éfforts et capacités pour faire place nette. Les jeunes doivent se donner le courage pour aller à l’ avant pour un développement socio économique durable de l’ Afrique. Franklin Nkangou Mikangou est depuis 2003 président de l' association Béto e.V. ONG pour la promotion de culture africaine et du développement de l’ Afrique. Béto Magazine n’ existe plus comme périodique. On le trouve plus que sur online sur le site Internet de Béto e.V.

Entretien ouvert avec Franklin N'Kangou Mikangou.

S.N. : Franklin N'Kangou Mikangou! Qui êtes-vous?

F.N.M.: je suis africain d'origine congolaise. Né en 1955 à proximité de Brazzaville; la capitale de la république du Congo, je vis depuis des années en Allemagne.

Ayant passé mes premières années scolaires à la campagne, je suis parti quelques années plus tard, comme beaucoup de jeunes dans la même situation à la capitale pour fréquenter l' école secondaire. Ce fût aussi le temps de mes débuts dans le journalisme. Ayant fait des études de journalisme en Europe, l' année 1985 était celle de la création de la revue "Béto Magazine" en Allemagne. La revue était éditée avant tout en langue francaise. L' édition allemande est venue une année plus tard. L’ édition francaise était abondonnée sur le champ compte tenu des difficultés de distribution. Le but de la revue était avant tout la promotion de la culture africaine et la contribution à la compréhension entre les peuples. Mon engagement d’ organiser parallèlement des spectacles, (de concerts, des tournées, des festivals et des salons expo-vente africains ) avait commencé en cette période. Je suis par exemple l' un des initiateurs des défilés de mode africaine en Allemagne et des élections miss beauté noire(africaine). Ma contribution à faire connaitre par exemple la revue Amina ; » le magazine de la femme « en Allemagne est réelle.

S.N.: Est-il vrai, qu'il existe deux Congo?

F.N.M.: Exact. Il y a deux Congo. Il y en avait même trois. Il y a le Congo, ( république du Congo ou Congo Brazzaville) sur la rive droite du fleuve Congo. Le Congo sur la rive gauche (république démocratique du Congo) Congo belge), de 1971 jusqu'à 1997 Zaïre, fut rebaptisé par le dit terme donné depuis l’ indépendance en 1960.

Ainsi en dehors des ex Congo francais et Congo belge, l' Angola était le troisième Congo. C’était l’ex Congo portugais. Le mot "Congo" désigne aussi bien l'ancien royaume du Congo que ses habitants(Ba-Congo, proprement dit Bantu Ba-Congo signifie: Hommes ou Habitants de Congo). Le fleuve du même nom s ‘ appelait à l'origine Nzadi. Un nom que les portugais avaient déformé en Zaïre et dont l‘ ex Président Mobutu de la rive gauche s’ était servi pour faire triompher ses visions, confuses et égoistes. Dans la langue congolaise, N'zadi signifie "grand fleuve". L'océan Atlantique était aussi ainsi nommé "N'Zadi Ya Mungua": le plus grand fleuve salé. Le fleuve et le bassin qu'il forme ainsi que les colonies furent rebaptisés pour la première en Congo en 1878, à la suite du partage de cette région à la conférence de Berlin dans les années 1884 - 85. Bantu est le pluriel de Muntu, mot qui désigne "Homme" dans la langue congolaise. Dans la science linguistique, le concept Bantu ou plus précisément bantu qui désigne un groupe de langues parlé dans presque toute l'Afrique équatoriale et du sud, a été pour la première fois utilisé par des africanistes en 1862, après qu'ils aient pu établir à l'aide de connaissances exactes leur lien de parenté. Conformément aux puissances coloniales, les colonies furent appelées Congo portugais, belge et français. A ce sujet le livre du congolais Prosper Kivouvou:"Angola de la royauté à la république", paru aux éditions "Pahl Rugenstein 1980", peut servir de reférence. Quand on parlait du Congo de 1971 jusqu’ en mai 1997, il s'agissait, comme évoqué plus haut, d'un seul pays : le Congo Brazzaville qu’ on appelait aussi République Populaire du Congo de 1970 jusqu'à 1991. En 1991 une conférence nationale et des élections libres en 1992 avec la participation de plusieurs partis politiques y furent organisées. Après le Bénin en Afrique de l'ouest, le Congo fût le deuxième plus grand pays africain par sa superficie à convoquer une telle conférence. Après la dite conférence, le nom de république du Congo était de nouveau réinstauré. Celui de la capitale Brazzaville fondée en 1880 à la limites des rivières Djoué et Mfoua, débouchant sur le fleuve Congo; le deuxième plus grand du monde, n’était pas du tout remis en question. Cette ville est célèbre depuis le temps colonial pour son rôle de capitale de l'ex communauté française de l'Afrique centrale et de la France Libre pendant la seconde guerre mondiale, fait figure d’ un important centre culturel et politique. Brazzaville a aussi servi de site de décolonisation. Le discours historique que Charles De Gaulle y tena pour l'indépendance des colonies françaises en est un exemple. Beaucoup de mouvements de libération de l'Afrique australe, comme par ex l'ANC, la SWAPO, le MPLA y ont eobtenu soutien et d'importants appuis dans les années 70. Les premiers Jeux Africains, une grandiose manifestation culturelle et panafricaine étalée sur plusieurs jours, autofinancée, initiée et organisée par des africains respectivement par le gouvernement congolais de l'époque, y ont eu lieu au milieu des années 60. Brazzaville passe aussi pour être un centre de la littérature africaine en même temps que Dakar. Elle est l'un des centres les plus importants de musique africaine moderne à côté d'Abidjan, Johannesburg, Dakar, Lagos. Congo-Rumba, qui a précédé le Soukous, le courant musical le plus connu de l'Afrique, lancé par l' ex orchestre Sinsa Kotoko en 1966, y est né et s'y est développé avant de se répandre à Kinshasa, en Ex Zaïre et dans le reste du monde. Brazzaville; la ville historique n'a malheureusement pas toujours connu de gloire. Elle a été détruite lors du conflit qui a éclaté le 5 Juin 1997 et qui a duré jusqu'au milieu Octobre de la même année.Elle a connue par la suite d' autres malheurs telle que celles de la fin 1998. Bref souhaitant pour l' avenir, une meilleure prospérité à cette ville dont la quasi totalité de la population n'aspire qu' à vivre dans la paix et dans l’ allégresse.

S.N : Y a-t-il encore aujourd'hui quelque chose de commun entre Congo Brazzaville et le Congo Kinshasa?

F.N.M: Au Congo Brazzaville, ( république du Congo) ainsi qu’ au Congo Kinshasa (république du Congo démocratique) et en Angola, la majeure partie de la population parle le Kikongo et Lingala. Ces 2 langues forment les deux langues nationales des deux républiques du Congo. Le Français, qui est la langue administrative, était introduite sur la rive droite du fleuve Congo du Congo Brazzaville par les français. Sur la rive gauche du fleuve du Congo Kinshasa par les belges. Le Français est en quelque sorte la deuxième langue maternelle de la jeune génération qui a fréquenté l'école. Car sur les 3 millions d'habitants de Congo Brazzaville, environ 80% ayant fréquenté l'école a appris dès la première année le Français avant la sale guerre de 1997 qui s’est poursuivie jusqu’en Mars 2003 ; sans oublier de souligner que la paix n’ est pas encore totalement revenu dans la région du Pool, 3 ans plus, à l’ heure nous apprêtons à rendre ce texte public. "Soukouss", l’un des rythmes les chauds et le plus dansé des courants musicaux africains, inventé en 1966 par l'orchestre de l'époque: le "Sinza Kotoko de Brazzaville" a davantage fait connaître culturellement les républiques du Congo avant le mouvement N'dombolo. Sinza « Kotoko » faisait partie des groupes musicaux congolais les plus connus de l'époque à côté du Super Band, des Bantoues de la Capitale, fondateurs du rythme Kongo-Rumba. Franklin Boukaka, décédé en 1972, était le chef du groupe "Cercul Jazz" le roi du rythme "Yéké Yéké". Pierre Moutouari, ex chanteur Leader du groupe "Sinza ,son frère Côme Moutouari ( Kosmos) des Bantoues de la capitale" et le défunt Pamelo Munk a sont à l'avant du mouvement. Aurlus Mabélé originaire de Brazzaville, domicilié à Paris, a créé en France avec son groupe Loketo l'aide

la nouvelle version du Soukouss. Le LP de Sinza avec le titre:" Orchestre Sinza Kotoko 10 ans d'animation" en 1976 chez Pathé Marconie-Emi, ainsi que l'attribution d'un prix international au chef du groupe Lokéto d’Aurlus Mabélé, ; auteur des fameux tubes "Nicoletta, fille des Antilles" et Adjani Muana Kin chez Afro Rythme à la fin des années 70, illustrent sciemment ce passage dans la musique du Congo et de l’ Afrique.

Congo Rumba, Soukouss, et par la suite le Ndombolo sont les rythmes les plus connus des 2 Congo. Forte par sa population, de sa politique culturelle plus tournée vers l’extérieure, de sa politique économique du libre marché ainsi du très grands nombres de groupes musicaux, le Congo Kinshasa s’est finalement mieux affirmé à tel point que ces rythmes sont naïvement presque partout désignés par la musique du Zaïre. Par voie de conséquence les groupes jouant ce rythme sont presque classés comme groupes Zaïrois ou du Congo démocratique. Sur l’échiquier international le Congo Brazzaville peine à se faire un nom à cause de l’ omni présence du frère voisin; mais surtout aussi par manque de volonté d’une politique, culturelle réelle du Congo Brazzaville ; malgré l’ existence de Socodic ( Société congolaise du disques) dans le passé et de Fespam aujourd’hui. Malgré le succès retentissant des groupes comme les cheveux crépus, les Mbamina il ya belle lurette. Du défunt Pamelo Munk'a, Franklin Boukaka, Denis Loubassou la Cloche et de Pierre Moutouari, Youlou Mabiala et par la suite des tambours de Brazza, Extra Musica, Pierrette Adam, Bana Poto Poto, Passi de Biso Biso etc.; les Groupes et vedettes du Congo Kinshasa tels que Ok Jazz, Zaiko Langa Langa, Papa Wamba, Koffi Olomidé, Werrason, Lokua Kwanza etc. restent de loin les plus connus en Afrique et dans le monde. Le Congo Brazzaville reste mal connu du grand public.

S.N: Que signifie votre nom?

F.N.M.: Le nom N'Kangou ou Mikangou est en même temps un nom Bantou présent au Congo, angolais. Il signifie "Population" en Kikongo et aussi dans les autres dialectes dans les trois pays". C'est un nom que l' on trouve également en Afrique du sud. N'Kangou, Mikangou ou Moukangou ont la même signification suivant la région

S.N.: Parlons un peu de la revue Béto qui a beaucoup occupé votre temps de 1985 à 2000, à tel point qu' il y a de nombreuses personnes qui ne vous connaissent que par ce nom. Un nom que vous avez par la suite donné à

l’ association que vous avez fondé en 2003 ( Béto e.V./ ONG).

F.N.M.: Le développement de la revue Béto avait commencé avec un capital modeste. La première parution était en français en 1985. La première édition allemande fin 1986/début 1987 me donna l' idée qu' il était plus simple à publier cette revue en langue allemande qu ' en langue francaise en Allemagne. Béto magazine s'était lentement imposé comme une revue africaine, si bien que des auteurs africains, journalistes et autres amis de l'Afrique qui écrivaient pour le journal ont eu à travers "Béto" la possibilité d'être actifs et de contribuer au dialogue culturel. Ceci est particulièrement important dans un monde, où les informations servent souvent seulement à la satisfaction de sensations et à l'exercice du pouvoir. Une rencontre des peuples et cultures avec l'assurance d'un respect mutuel, est un important lien entre les humains et favorise le processus nécessaire pour une vie sociale pacifique et pour l'amitié entre les peuples. Le nom "Béto" symbolise cette coexistence de même niveau. "Béto" signifie en Kikongo ou dans la langue KiKongo: "Nous" symboliquement :"nous, les hommes, nous la communauté mondiale." "Béto" englobe tout le monde car l'humanité entière devrait s'efforcer d'agir et de vivre judicieusement en vue de réaliser un monde harmonieux et une vie sociale pacifique. Martin Luther King a résumé la signification de cet effort il y a dix ans dans cette phrase: "si nous n'apprenons pas à vivre ensemble comme humains, nous coulerons ensemble comme des fous." "Béto" s'est fait le devoir de traiter des thèmes qui n'apparaissent pas toujours dans beaucoup d'autres médias. Souvent les médias des pays occidaux empêchent que des informations plus fournies sur la culture africaine parviennent au grand public et que les causes profondes des crises auxquelles sont sans cesse confrontées les populations africaines soient examinées avec attention particulière et trouver ainsi une solution globale et réaliste pour tous. Heureusement que grâce à l' Internet les choses changent un peu. Béto Magazine a été à l’ avant garde du travail de promotion culturelle au détriment de l’ Afrique et de l’ amitié entre les peuples en Allemagne. La connaissance précise de la situation a souvent permis aux collaborateurs de "Béto", de traiter des thèmes d’ une manière à contribuer au changement de la fausse image de l'Afrique au sein de la société allemande.

S.N.: Est-ce que "Béto Magazine " entant print media, avait vraiment un avenir en Allemagne?

F.N.M.: Il y avait en Allemagne plus de 25 revues alternatives en langue allemande pour le soi-disant tiers monde qui étaient en grande partie subventionnées pendant les premières années d' existence de Béto Magazine. Quelques unes étaient vendues dans des librairies politiques, alternatives et collectives ou sur les stands lors des manifestations politiques dans les universités. "Béto Magazine" avait joué un rôle important dans le paysage médiatique allemand car c' était à l' époque la seule revue africaine en Allemagne lue par la masse, des gens, qui n'avaient jusqu'alors ni vu ni lu de revue sur l' Afrique et même le soi-disant tiers monde. En Allemagne il n'existait pas de revues sur l' Afrique comme Jeune Afrique, Afrique Asie, Amina, Black Magazine en France, West Africa, Youth Africa en Angleterre. "Béto" avait sûrement des grandes chances de mieux s' imposer; bien qu' après plusieurs années d'expériences. Je dois aussi avouer, qu'il n'est pas facile d'éditer une revue africaine en Allemagne. C'est incroyablement difficile d'obtenir un nombre croissant de lecteurs consentant à payer régulièrement la revue, à s’ abonner à celle-ci et à trouver des sponsors nécessaires pour l’ autofinancer. J'ai vécu l'une de plus grandes surprises pendant l'été 1995 lors du congrès Africain de Berlin organisé par le parti des verts et financé par la fondation Heinrich Böll. Du Vendredi au Dimanche le congrès avait accueilli environ 500 visiteurs par jour. 90% de ces visiteurs venaient de tous les coins de l'Allemagne pour s'informer sur les problèmes africains et débattre de la nouvelle politique africaine. Je n'avais pu vendre que 25 exemplaires de Béto, qui étaient visiblement étalés sur une table. Ce qui est étonnant; bien que j'avais déposé sur chaque table d'informations et distribué aux gens environ 1300 bulletins avec un message clair, il n'y avait eût presque pas de résonance pendant le congrès ni les mois d'après. La teneur du message était: " Béto est une initiative autofinancée qui se trouve momentanément dans une crise financière. 500 à 1500 abonnés volontaires aptes à payer directement à la commande 40 à 100 DM (payables à l'avance en argent comptant ou par chèque) sont nécessaires pour empêcher l'arrêt des activités de Béto Magazine. Ce serait dommage si cette revue africaine disparaisse du paysage médiatique allemand". "De plus la publication de quelques livres comme un africain en Allemagne, musique africaine est prévue dans le programme de Béto. Le livre "un africain en Allemagne" apparaîtra probablement en octobre 1995 et va coûter 15 Mark. 500 commandes seront nécessaires pour réaliser la publication. Béto vous remercie du fond du coeur pour votre attention particulière". Environ 3 mois après la rencontre historique, où de vives discussions et des propositions sur l'Afrique et ses crises avaient été faites par des gens, qui, sans aucun doute, s'intéressent à l'Afrique, on n'enregistre encore aucune suite de mon action en faveur de Béto Magazine, le seul journal africain en Allemagne à l' époque qui était proposé dans un cercle élargi de la société. Lors de ce congrès de Berlin de sévères critiques étaient faites contre la plupart des journaux allemands qui n'informent pas assez ou pas assez objectivement sur l'Afrique. C'est pourquoi la réaction négative à la vente et à l'action marketing en faveur de Béto Magazine est demeurée pour moi un mystère. Je n'avait pas reçu plus de 6 commandes et lettres en rapport avec ce congrès. En tout cas j'avais appris de nouveau comment il est pénible de s'engager sérieusement en faveur de l'échange culturel, plus particulièrement en Allemagne. Souvent beaucoup de gens, qui sont peut être animés de bonnes intentions, me disent, qu'ils préfèrent aller en Afrique et s'informer personnellement, que de lire un journal. Ou bien ils préfèrent faire des dons directement à des organisations caritatives compétentes. Ceci est très louable si c'est vrai. Mais peut-on ainsi remplacer une lecture, un échange culturel à un don? La culture ne connaît aucune frontière. Elle est comme une rencontre, un entretien. Personne ne peut affirmer être pour de bon cultivé. D'autre part j'aimerais faire comprendre aux africains et aux amis de l'Afrique l' importance d' une revue comme Béto en Allemagne. Qu' à cela ne tienne. Tout est peut être qu'une question de temps.

S.N.: pourquoi aviez-vous créé cette revue? Qu'est-ce que vous vouliez atteindre avec cette revue et pourquoi justement en Allemagne?

F.N.M.: L'esprit d'initiative est une caractéristique humaine. Dès le début de l'humanité jusqu'à nos jours, les hommes ont toujours créé ou entrepris quelque chose. Chaque homme peut, suivant son tempérament, sa formation, ses dispositions naturelles ou son entourage, le rigime politique en vigueur du pays où il vit mettre quelque chose sur pied. Il n'existe pas un endroit unique ou un temps précis, où l'on devrait commencer ou arrêter, d'être créatif ou corporellement actif.

Béto était la première revue qui essayait de combler les lacunes d'informations sur l'Afrique et ayant pour auteurs de gens qui savent de quoi ils parlent. les informations sur l'Afrique sont en général basée sur la recherche de la sensation, sur les catastrophes, sans jamais ou rarement prendre la peine d'analyser les dessous historiques. Cinq grandes agences de presse possèdent le monopole de la vulgarisation mondiale des flux d'informations. Elles choisissent en grande partie les nouvelles qui doivent être publiées, mais aussi celles qui ne doivent pas l'être. Surtout si ces informations proviennent de l'Afrique et des pays en voie de développement. Beaucoup de gens veulent que l'Afrique reste dans cet état. Il en va de même pour certains d'entre eux qui parlent beaucoup de la soi-disant aide au développement et qui ne travaillent pas réellement pour le bien fondé des pays en développement. L'aide au développement est bonne aussi longtemps que les politiciens, les managers occidentaux déterminent et décident de ce qu'il y a faire et gagne suffisamment leur vie. Elle est bonne aussi longtemps que les experts en développement, les assistants de même que les institutions qui y sont engagés, viennent des pays occidentaux et garantissent d'abord l'emploi local et contribue ainsi à hausser l'image de ces pays.

S.N.: Vous avez souvent écrit, que vous ne receviez pas de subventions. Est-ce que la revue ne recevait pas d'aides des fondations, des institutions spécialisées ou de l'église?

F.N.M.: Pendant tout son existence, Béto n'était pas subventionné. La revue n'a jusqu'ici reçu aucune espèce d'aide d'aucune institution, église, association, qu'elle soit privée ou étatique. Exception faite d'un petit prêt consenti par le ÖKO-FOND, Grüne, NRW en 1991. Un certain prêt remboursable sans intérêt. Et c'est l'occasion pour moi d'exprimer ici ma gratitude. Lorsque j'ai eu l'idée de créer un journal africain, j'ai écrit aux différentes institutions, fondations, maisons d'édition et organisations d'église. Il n'y eut aucune réaction positive. Beaucoup de lettres écrites et envoyées à deux, voire même trois reprises sont restées sans réponse. On parle souvent d'aide à l'effort personnel ou à l'intégration des étrangers. Quand je me réfère à mon travail, pour mon expérience Béto Magazine, cette phrase m'est incompréhensible. Béto a toujours été une initiative pour la compréhension entre les peuples. Béto a toujours remplit la fonction d'utilité publique et d’échange culturel. Les histoires, reportages et informations sur l'Afrique publiés dans les pays occidentaux, ont été écrits jusqu'à aujourd'hui exclusivement par des européens. Une telle manière unilatérale de conduire les choses est à long terme destructive à l'élargissement de l'horizon intellectuel et culturel de ce monde. Elle est d'ailleurs préjudiciable à la compréhension entre les peuples et à une démocratie au sens large du terme. Les préjugés, le paternalisme entravent la rencontre entre les cultures. Seul le dialogue peut garantir plus de liberté dans ce monde, de justice et d'humanité pour tous. Garantir dans chaque pays aux minorités, des possibilités matérielles de s'exprimer publiquement et de s'épanouir culturellement fait partie de la démocratie. Les démocraties occidentales devraient méditer sur leur politique, si celle ci ne manque pas de substance. Ils devraient se demander, si leur démocratie n'est pas et ne reste pas une démocratie partielle aussi longtemps qu'elle ne se met pas au service de l'humanité entière. Par exemple les exportations d'armes ont-elles plus de valeur que la formation? Les gouvernements subventionnent avec des milliards de dollars le commerce des armes et ainsi, la mort de millions d'êtres humains. Ceci va de pair avec la destruction de l'environnement. Les efforts consentis ne devraient-ils pas profiter à des projets utiles, qui servent à la paix? Retour à Béto. Cette revue, qui était en grande partie rédigée par des africains, qui sont pour la plupart des jeunes auteurs indépendants, et qui s' était fixée comme but le dialogue de culture entre l'Afrique et l'Europe. N' était-ce pas déjà une raison suffisante pour recevoir des aides financières des institutions allemandes? Il m'est difficile de comprendre la réserve de ces institutions dont certaines travaillent avec l'Afrique vis-à-vis de Béto magazine et de ses projets. Béto Magazine entant que revue n’ existe plus depuis 2000. Béto Magazine n’ existe que partiellement comme Web Site depuis 2003, malgré la tentative de lancer une nouvelle revue plus culture et plus moderne en format de poche, intitulée Béto Guide depuis milieux 2005.

S.N.: Avez-vous aussi écrit des livres?

F.N.M.: J'ai écrit deux manuscrits, que la maison Editions Universelles voulait rendre public. La dite maison d'édition s'intéressait particulièrement au livre :"Récit Excursion à travers l'Allemagne" et puis au roman sur le Congo pendant la période de la colonisation et des indépendances :"Projet développement". Mais au dernier moment les chose n' ont pas marché. J’ avais décidé à publier plus tard des extraits de ceux-ci dans la rubrique livre de Béto Magazine. Aussitôt que les possibilités financières allaient s' améliorer, il était prévu de les publier entant que livres. Le projet Béto serait une occasion importante pour de nombreux auteurs africains inconnus, d’ arriver à publier leurs ouvrages. Je sais par ma propre expérience, combien il est difficile pour un auteur méconnu africain de trouver une maison d'édition.

S.N.: L'Afrique est mal partie. Beaucoup d'auteurs l'ont déjà écrit, par exemple le célèbre René Dumont depuis 1962. Qu'est-ce qui manque en Afrique pour amorcer le développement?

F.N.M.: Pauvriété des populations, la précarité, le chômage chronique des jeunes, en un mot les inégalités sociales criantes, les crises, fléaux, les conflits ouverts et larvés ne cessent de déshonorer l' Afrique. Ce continent ne cesse en grande partie de s'appauvrir et de faire figure d’ un mendiant incaple de se relever en dépit de ses richesses naturelles immenses. « Ce qui appartient à l’ état est confondu aux intérêts personnels et familiaux de certains chefs d’ états africains.« Le pillage institutionnalisé fait rage dans la plupart des cas et l’ impunité est totale. Des ministres, des chefs d’ entreprises étatiques dont « les nominations reposent raremment sur la compétence, l’expérience mais sur des critères éthniques ou politiques », sont, dans des nombreux africains plus préoccupés à placer leurs intérêts particuliers avant l’ intérêt collectif. La corruption a atteint une dimension très alarmante dans des nombreux pays. Selon l’ U.A au début 2006, les détournements des fonds publics, l’ enrichissement personnel, la corruption représente chaque année un manque à gagner de 148 Milliards de Dollars pour l’ Afrique; soit ¼ des richesses annuelles produites. Des réseaux routiers font cruellement défaut dans de nombreux pays. Beaucoup de dirigeants africains se sont substitués aux colons. C’est qui est réellement regrettable. Entre autre, ce qui manque en Afrique, est, qu'une large masse de la population ne peut accéder à l'école et à la formation technique. La qualification de jeunes sortant des écoles, ainsi que le perfectionnement et la formation continue des employés dans les rares entreprises existantes, sont pratiquement absents en Afrique. Beaucoup de pays ne possèdent aucune structure de base élémentaire scientifique et technique. Il manque la vraie infrastructure économique et il n'y a pas de production dans beaucoup de domaines. L'Afrique a hérité des structures coloniales. Après les indépendances, les pays africains ont été mal conseillés, parce qu'on voulait toujours les avoir comme fournisseurs de matières premières et de produits agricoles exotiques. C'est sûr que depuis l'indépendance le nombre d'écoles et d'étudiants dans les universités a augmenté. Les dirigeants africains ont compris que sciences et techniques sont très importantes pour le développement. Déjà en Juillet 1979, lors de la conférence de l'OUA à Monrovia, les chefs d'Etats africains se sont prononcés pour "mettre la science et la technique au service du développement, afin que la capacité de performance indépendante en Afrique soit renforcée." Néanmoins il y a peu d'étudiants dans les universités africaines qui étudient les sciences ou la technique. L'équipement nécessaire n'est souvent pas disponible, de même que le nombre nécessaire d'écoles professionnelles. De plus les professeurs dans ce domaine font défaut. La formation scolaire est seulement orientée académiquement et n'est guère appropriée pour solutionner des problèmes urgents dans la société. Si la formation de base en science et technique pouvait s'améliorer vigoureusement, les choses seraient tout autres. Prenons seulement un exemple: d'après un rapport de l'Unesco il y a plus 15 ans, 30000 personnes étaient employées partiellement ou en permanence dans 700 sites de recherches. Dans ces recherches, les découvertes africaines dans le domaine de la biologie ont eu une très forte influence. La médecine et la production de denrées alimentaires ont été influencées considérablement par ces découvertes africaines. L'Afrique se trouve malheureusement dans une situation de totale impuissance à cause de son endettement extérieur et surtout des erreurs incessantes de la majorité de sa classe politique.

L'Afrique doit à tout prix arriver de sa propre initiative à se nourrir, à bâtir de nouvelles structures de production pour l'autosubsistance alimentaire. L ‘Afrique doit arriver à se relever,

bien qu'elle ne touche pas jusqu’à lors assez de devises alors que sa contribution « à la mondialisation en guise de matière première est très grande ». L’ Afrique doit mérite une meilleure intégration au système du commerce mondial. C’est sur ce terrain que la compétence des élites africaines devrait à long terme faire ses preuves.

En tout cela, la bonne gouvernance doit faire école dans tous les pays Africains afin d’arriver à la maîtrise de la science et la technologie utiles au développement économique. Les nouveaux maux tels que le tribalisme, la dictature, la corruption, le Sida, le terrorisme d’ état, le banditisme et la criminalité des jeunes dus au chômage, aux conflits larvés « qui font d’ une partie des populations des laissés pour comptes des républiques » constituent les plus grands dangers pour un développement réel, doivent disparaître. Plus de 75% de la population active n' ont pas aucun accès à des activités rémunérées dans de nombreux pays africains. Le manque des réseaux routiers, l' instabilité politique pour ne citer qu’eux, empêchent le progrès. Ils n’ attirent pas les investissements. De nombreux scientifiques, académiciens et techniciens bien formés, partent, restent dans les pays développés où ils ont reçu ou approfondi leur formation nécessaire. Une attention particulière mérite d’ être accordée à la maîtrise de la technologie de base, à la coopération sud sud, au soutien réel aux efforts de démocratisation afin de renverser la tendance actuelle. Une nouvelle conscience mérite d' être créée en Afrique où le développement du potentiel humain, l’ amélioration du niveau de vie des populations, les investissements dans les structures développement doivent rester au centre de tout effort.

S:N:: Il existe pourtant des pays comme le Brésil et l’ Asie du sud-est, qui comptaient hier parmi les pays du "tiers monde" et qui font aujourd'hui partie des nations industrielles malgré l'égoïsme des pays industriels occidentaux.

F.N.M.: Considérons les choses comme elles le sont réellement. Le Brésil n'est pas vraiment un très bon exemple de développement économique. 70% de la population de ce pays n'a pas profité du progrès et des millions d'enfants vivent dans la rue. Les pays d’ Asie du sud- est peuvent en une certaine mesure peuvent être pris en exemple. Mais allons un peu en profondeur pour mieux comprendre la passivité de l'Afrique. L’ Afrique n'a pas seulement vécu le colonialisme. Elle n'a pas seulement été victime des travaux forcés qui ont aidé à l'industrialisation de l'Europe, mais elle a été également victime de l'esclavage qui a duré 4 siècles environ. 34 ans après la découverte et la conquête en 1492 de l'île de Guanahami située devant la côte de l' Amérique du sud par Christophe Colombe, commençait déjà la mise en esclavage des africains pour les faire exploiter de force les plantations de sucre du nouveau monde. Le premier bateau est venu au Brésil, à Sao Salvador da Bahia. L'esclavage dura jusqu'en 1888. L'exploitation brutale et inutile, les combats sans scrupules pour la puissance et la domination qui ont accompagné la conquête du nouveau monde et du vieux continent africain, poursuivent leurs effets jusqu'à ce jour et ont programmé d'avance de nombreux conflits politiques. De plus, l'Afrique a également mené plusieurs guerres contre les armées des puissances coloniales européennes. La liste de ces conflits contre la résistance brutale, qui a abouti à des guerres de libération amères dans de nombreux pays comme l'Angola, le Mozambique, le Zimbabwe et la Guinée Bissau, est longue. En 1591 la guerre coloniale de Tondibi en Afrique de l'Ouest avait déjà lieu. Au cours du temps, il y eut encore plusieurs guerres coloniales. Par exemple la guerre des anglais contre Bénin City, capitale de l'ancien Nigeria, qui dura du 4 janvier au 17 février 1877. Ou encore la résistance des Herero dans les années 1904 jusqu'en 1907 contre le règne allemand, ou la guerre des français contre le royaume du Dahomey sous le règne de Béhanzin (1890 - 1894) qui a fait beaucoup de victimes et où l'armée des femmes "les Amazones" a combattu très courageusement des années durant. Ces nombreuses guerres ou autres destructions insensées, ces massacres et travaux forcés ainsi que l'esclavage ont causé des millions de morts dans la population africaine. Ils ont contribué très négativement au subconscient, aux changements politiques structurels ainsi qu'à la résignation et à la passivité de l'Afrique et de sa population. Depuis le colonialisme, il a été toujours difficile aux peuples africains de s'accommoder de leur héritage dégradant. Ni le soi-disant ordre économique mondial et aide au développement, ni les conditions commerciales injustes ou les idéologies importées ne facilitent pas l'Afrique à trouver une stabilité politique et économique. Cela est vrai, et il faut le répéter encore ici que tous les maux ne sont pas à imputer aux autres. Les africains, surtout les élites africaines en genéral, sont en partie tributaires des malheurs de l’ Afrique. Quand les l’ impunité, la gabegie, la corruption, malversation financière font la lois en Afrique, il ne faut pas s’ étonner que le progrès ne reste presqu’un vain mot pour ce grand continent pourtant riche en matières premières. En un mot, aussi longtemps que des régimes incompétents, tribales et tyranniques, dont la recherche effrainée pour l’ enrichissement personnel, de leur famille et entourage poussent les peuples à une misère infinie, resteront au pouvoir dans de nombreux pays africains, la pauvriété de l’ Afrique continuera son cours, la fracture sociale se creusera davantage et la paix, la démocratie seront impossibles.

Une démocratie existait dans la vieille Afrique. L'ancien secrétaire général de l´OUA entre 1978 et 1983, Eden Kodjo a écrit dans son livre " Et demain l'Afrique": " Le despotisme actuel dans le continent est à voir comme conséquence du colonialisme, du néocolonialisme, de la prise d'influence des grandes puissances et surtout aussi de l’ inconscience de nombreux dirigeants politiques africains." L'Afrique est souvent considérée comme un continent sans histoire ou comme continent de la colonisation et du commerce avec L'Europe. Par contre la vraie histoire de L'Afrique, sa culture, son grand passé sont restés jusqu'à aujourd'hui presque inconnus. Les auteurs Robert et Marianne Cornevin, connus dans le monde entier, s'exprimaient ainsi dans leur livre "Histoires africaines"( Payot Paris et aux éditions Erst Klett, Stuttgart.

Le continent africain est 3 fois plus grand par la superficie que l'ensemble de l'Europe et presque 3 fois moins peuplé, possède 96% des diamants, 90% du chrome, 85% du platine, environ 27% des réserves mondiales d'énergie hydraulique, environ 500 millions d'hectares de terres arables. Malgré tout cela, l'Afrique doit assister en spectateur impuissant à la mortalité élevée de ses enfants. La formation scolaire en Afrique doit être réformée. Chaque élève devrait recevoir gratuitement une formation technique parallèlement á sa formation scolaire normale et de préférence, dans les langues qui lui sont déjà familières . Ceux qui continuent l'école, devraient plus tard recevoir dans les universités africaines et écoles supérieures mieux équipées, une formation technique d'Etat avancée et hautement qualifiée. L'école obligatoire doit être réorganisée et les écoles ainsi que les sites de production, ne doivent pas être construites uniquement dans les villes, mais aussi dans les campagnes.

Il manque en général des milliers d'écoles en Afrique, où des jeunes devraient être formés pour les professions artisanales et agricoles, pour les spécialisations dans l'industrie, dans la production alimentaire et dans le secteur tertiaire. Enfant,je me rappelle qu’ il y avait dans notre village, de même que dans les villages environnants de petits ateliers, où les gens pouvaient fabriquer des outils et des tissus à partir de simples matériaux naturels. Il existait des forges et des ateliers de tissage. Quelques années plus tard tout avait disparu. Les choses ont évolué de cette façon presque partout en Afrique. La soi-disant modernisation a uniquement appris à l'Afrique à s'écarter de son propre savoir, alors qu'il aurait pu être amélioré avec les nouvelles techniques. Les Africains ont oublié en grande partie comment couvrir eux-mêmes leurs propres besoins. Les marchandises et produits occidentaux, asiatiques dominent le marché africain. Les africains assimilent en grande partie des valeurs culturelles importées qui n'ont rien à voir avec leur vraie réalité. Des films, pour la plupart subventionnés et importés à bon marché, des productions issues des pays occidentaux, des films de Karaté provenant de Hongkong, du Japon, de l'Inde, représentent 80 à 90% des programmes des salles de cinéma et des chaînes de télévision. Tous les produits qui viennent du nord, sont, d'après la pensée de beaucoup de gens meilleurs par apport aux rares produits africains. Les denrées produites dans le pays sont sous-estimées. L’ ínstruction, la formation professionnelle sont à la base de développement. l'Afrique a besoin d'institutions démocratiques comme de gouvernements et de parlements, qui doivent être élus librement par le peuple. Les grandes démocraties peuvent jouer un rôle important en épousant la juste cause.

S.N. : Une toute autre question : " vous avez à plusieurs reprises, entre autres lors d'une interview de Radio Korak à Hambourg, défendu le point de vue que les musiques africaines s'imposent comme musiques de l'avenir. Comment pouvez-vous justifier ce point de vue ?

FNM : C'est juste. Les musiques africaines sont les musiques de l'avenir. La musique africaine a toujours été aussi la musique du présent car d'une certaine façon, elle a fortement influencé la musique mondiale. Laissez moi seulement citer un exemple. Le Jazz n'est rien d'autre que la musique africaine qui s’ est développée depuis le 17 ème siècle en Amérique (U.S.A) par les esclaves africains. La musique, qui, à l'origine a été essentiellement chantée et scandée à l'aide de tambours et autres instruments africains, comme peut le prouver une gravure américaine connue de E.W. Kemble datant de l'année 1885/86 , "The Bamboula, the dance in place Congo", a été pendant longtemps une musique provenant d'Afrique. En 1850, City Revival a fait connaître le Negro Spiritual, le Gospel comme musique des villes venue des églises. Dès le début, le jazz s'est développé à partir de la musique africaine. Des musiciens, comme Thomas A. Dorsey, Paul robeson(1878-1976) de l'université de Rutgers, le compositeur de "Old Man River" James Price Johnson(1891-1955) et le comédien du film "La case de l´oncle Tom" Charles Luckeryeth (Luckey) Roberts (1895-1968), Duke Ellington, Bob Cole et les Johnson Brothers, Joseph King Olivier (1885-1938) et le Créole Jazz Band de New Orléans, Jelly Morton et les Red Hot Peppers (1920-1924), Louis Amstrong et Five and Hit Seven (1925-28), ont apporté une grande contribution au Jazz. La musique africaine ou mieux dit, les courants musicaux africains, les musiques africaines ont longtemps été discriminés, de même que la culture africaine. Cela est regrettable et va contre un dialogue culturel réel. La musique africaine en tant que phénomène culturel est heureusement tombée par ses propres moyens dans notre champ de vision. Nous sommes arrivés à un point, où les grandes manifestations, les festivals de musique africaine ainsi que les fêtes de Reggae se développent dans le monde et aussi en Allemagne et on ne peut plus se passer d’ eux.

L'Afrique, continent aux cultures variées, possède une richesse musicale. Il existe des milliers de musiques, de styles différents en Afrique. Jazz, Zouk, Reggae, Bossa Nova, Samba, Salsa, Tango viennent de la musique africaine. En ce qui concerne le Tango, Juan Carlos Caceres, argentin, vieux, grand musicien de la dite musique et historien nous parle, nous rappelle sur les racines africaines de cette musique du salon. Son Album » Tango Negro » au début 2006 est un véritable rappel et louange à la musique africaine. La multiplicité de la musique africaine, témoigne de la vitalité qui sommeille en Afrique, malgré les problèmes socio-économiques. Vue ainsi, l'Afrique possède la clé à portée de la main, qui peut permettre de réaliser de nombreux désirs. Il est temps que les autorités le comprenent réellement que la musique est une source importante qu’ il faut indutrialiser avec compétences recquises. La production de la musique et les droits d’ auteurs sont succeptiblent de donner du travail à des nombreuses personnes et d’ assurer des rentrées d’ argent, des devises inestimables.

S.N. On n' a beaucoup parlé de la haine contre les étrangers en Allemagne après l' unification, que pouvez-vous nous dire l'a dessus ?

F.N.M.: Les autorités allemandes ont mené un travail fantastique pour arriver à enrayer la haine contre les étrangers qui fait la honte du pays les années qui ont suivi l'unification.

Le problème de la haine contre les étrangers n'est plus une réalité ces derniers temps en Allemagne. Mais pour certaines personnes, les étrangers viennent en Allemagne pour voler leur emploi. Les africains sont, à leur avis, tous des réfugiés qui vivent aux frais des contribuables et l'Afrique est un continent qui vit de l'aide au développement. L'Afrique ou en général les pays en développement sont-ils aidés au développement ou au sous-développement? Celui qui se préoccupe des énormes ressources naturelles fournies par les pays en voie de développement au marché mondial et qui comprend „l'importance stratégique des matières premières pour la politique internationale et l'économie", ne peut que se distancier de ces mensonges très souvent propagés. La civilisation européenne et américaine fut construite aux frais des ressources et des énergies africaines. Les travaux forcés ont été pratiqués très longtemps durant la période coloniale. Les hommes furent monstrueusement contraints de produire du caoutchouc, qui était livré directement en Europe. En outre, ils furent forcés de payer des impôts personnels aux métropoles coloniales. Nous pouvons encore nous rappeler de l'histoire du sucre, de "l'or blanc" qui a fait démarrer l'esclavage et les travaux forcés des africains dans les plantations d'Amérique et des Caraïbes. L'Afrique et l'ensemble des pays en voie développement payent jusqu' à nos jours un prix très élevé, particulièrement par la destruction de leur environnement pour l'industrialisation future des pays riches. L'Afrique passe pour être le continent numéro 1 de la famine. Savez-vous comment les entreprises agricoles multinationales travaillent en Afrique avec leurs "activités commerciales et d'investissement ?" Ce qui vient des "projets de production" et des zones de cultures, est destiné à la "satisfaction" des consommateurs occidentaux. De plus en plus de coton, café, cacao, bananes, mangues, légumes et même des fleurs et aliments pour le bétail sont importés d'Afrique, pendant que la population de plusieurs pays de ce continent souffre de la faim. Qui détermine le prix de ces produits? Qui vend les armes responsables de l'extension des conflits? Le grand public mondial devrait ouvrir les yeux avec honnêteté pour comprendre la vraie cause des problèmes, et voter pour la justice sociale. N'était-ce pas l'une des justifications de l'impérialisme colonial, de garantir aux peuples des pays colonisés protection matérielle et sécurité morale? Après une longue période coloniale, quelle sorte d'aide matérielle et de sécurité morale ont reçu les peuples colonisés? N'est-ce pas principalement la population des pays en développement qui souffre le plus de l'endettement, qui commença après la crise économique mondiale (1974/75), lorsque les pays industrialisés ont cherché à vendre leur surproduction à n'importe quel prix et à mettre des crédits à disposition pour stimuler la demande?

Qui a profité à vrai dire des crédits attribués? Quelques chefs d'Etats et élites corrompus qui ont importé en masse des biens de luxe , placé de l'argent dans les banques des pays industriels occidentaux, acheté des maisons et immeubles ou participé à n'importe quel investissement. La corruption va si loin, que la fortune privée de certains chefs d'Etats ,telle que celle du défunt président Mobutu dépassait de plusieurs fois le produit national brut. Bref, ces crédits sont à l'origine de l'endettement qui a influencé très négativement une partie de la population africaine et mondiale et qui profite de nouveau aux pays créanciers.

Revenons au africains en Allemagne, ils sont en grande partie livrés à eux mêmes. Ils ne reçoivent presque assez d'opportunités de recevoir de formation professionnelle. On ne les aide réellement pas, lorsqu'ils veulent participer à des associations ou à d'autres activités culturelles. Certes il ya parfois dans certaines villes quelques rares associations subventionnées sur des critères méconnaissables, mais en général les africains sont abandonnés à eux même. Un simple rappel: Après la réunification, presque tous les mozambicains et angolais qui travaillaient dans l'ancienne Allemagne de l'Est étaient renvoyés chez eux. Les contrats entre l'ex- Allemagne de l'Est et les gouvernements des pays nommés étaient résiliés avant terme par le gouvernement de la république fédérale. Beaucoup d'africains demandeurs d'asile vivent isolés des villes dans des anciennes casernes militaires et dans de vieilles maisons. Les africains n'ont par exemple pas accès aux, dancings, discothèques dans la plupart des localités allemandes.

S.N.: Pourquoi les nations industrielles, particulièrement l´Allemagne qui n'a aucun rapport avec l'Afrique, devraient après tout aider ce continent?

F.N.M.: Les nations industrialisées devraient aider l'Afrique et en général les autres continents comme l'Amérique du Sud, l' Asie, à cause du postulat de justice économique. L'Allemagne n'a t-elle aucun rapport avec l'Afrique? Cette question est absurde. Tout d'abord la communauté mondiale reste la communauté mondiale. Si la technologie moderne ne sert pas à aider, les milliards de gens qui vivent sur cette terre à obtenir une vie humaine, le monde est condamné à vivre dans un chaos et dans un conflit permanent. Ce n'est pas normal, que des millions de gens soient obligés, toute une vie durant, de se battre pour le pain quotidien, pendant qu'un tiers de la population mondiale vit dans l'abondance. Cela ne peut, à la longue, être bénéfique à la communauté mondiale. Aucun homme raisonnable ne peut dire: " en quoi me concernent les guerres civiles qui ont lieu loin de mon pays?", aussi longtemps qu'il est dépendant pour sa propre existence de l'exportation mondiale, des matières premières importées, des produits agricoles exotiques, des vacances dans les pays lointains...etc. Par conséquent, on doit essayer d'empêcher la catastrophe imminente pour des raisons stratégiques et aussi morales. Pour revenir à la deuxième question, je dois vous répondre, que l´Allemagne a un lien très important avec l'Afrique, beaucoup plus que les gens ne veulent le reconnaître. Est-ce que la conférence de Berlin, par exemple, n'a pas eu lieu à Berlin?

Si nous considérons des pays comme l'Afrique du Sud, la Gambie, le Ghana, le Kenya sans oublier les anciennes colonies comme le Togo, le Zanzibar, la Namibie et le Ruanda-Burundi, nous pouvons constater, que l´Allemagne a sa famille, ses relations et amis en Afrique. Chaque pays est dépendant des autres. comme les individus sont dépendant des autres si l'on sait bien discerner les choses. Après des siècles d'esclavage, plus de 110 ans après la conférence de Berlin, les relations afro européennes devraient apporter plus, que de considérer l'Afrique comme le fournisseur éternel de matières premières et de produits agricoles, et comme un champ d'expérimentation d'armes et de dépôts d'ordures pour les Etats industriels. La stabilité, le développement et la démocratie, dont l'Afrique et la communauté mondiale ont besoin, ne peuvent pas être encouragés de cette façon.

S.N.: Les africains sont-ils mûrs pour la démocratie?

F.N.M.: La démocratie n'est pas une trouvaille de l´ Europe! Comme je l'ai déjà dit, il y avait autrefois en Afrique une forme de démocratie. Les anciens royaumes nous en fournissent des exemples. La plupart de ces royaumes avaient un roi élu, et il y avait aussi des gouvernements autonomes dans chaque région. Les lois et directives du roi n'étaient possibles, qu'avec l'accord des nombreux conseillers. Par exemple, les femmes Yoruba avaient une puissante position interne dans le gouvernement, la religion traditionnelle et dans la vie économique. La place de la femme dans la société traditionnelle était louable. Le roi ainsi que les conseillers étaient élus, après qu'il fût établi, qu'ils étaient dignes de bien servir le peuple dans leur vie actuelle. Dans certaines régions d'Afrique, ces structures existent partiellement jusqu'à aujourd'hui. Par conséquent, le problème n'est pas, que les africains ne soient pas mûrs pour la démocratie, mais plutôt qu'ils doivent trouver un tout nouveau chemin après le démantèlement de leurs propres modèles historiques et démocratiques. L'Europe a appris à mettre en pratique une démocratie parlementaire et libérale. Et elle a trouvé, à travers cette démocratie, une stabilité politique.

La démocratie signifie est un processus d'apprentissage à effectuer par l'ensemble de la population afin de savoir cohabiter ensemble, de se souder dans une forme sociale, politique et économique. Les puissances occidentales doivent renoncer à collaborer avec les dictatures africaines. Il faut les isoler politiquement afin de favoriser le processus de démocratisation et l’ apprentissage des règles du jeu démocratique s'appuyant sur la tolérance réciproque. La démocratie en Afrique ne doit pas seulement se limiter avec la pratique "des élections libres" et la création de partis politiques. Une démocratie, qui ne contribue pas à l'amélioration de la situation économique et sociale de l'ensemble de la population, ne peut s'imposer. Il ne peut exister une démocratie sans justice sociale et par voie de conséquence sans paix. La paix ne peut être possible sans développement économique, technologique et spirituel.

La meilleure démocratie de ce monde est de permettre aux humains de s’ exprimer et se déplacer librement sur la planète.

L'Europe ou le monde occidental s’ est longtemps trop préoccupé que de la solution de ses propres problèmes et négligé la perspective globale de l'harmonie, de la paix et du développement planétaire. Après la période de l'esclavage et du pillage colonial de l'Afrique, il est temps de corriger les fautes du passé. Les peuples africains ont été un peu abandonnés par les nations industrialisés alors qu'on s'efforçait de mettre la démocratie en marche dans les années 1989 - 1991. Les quelques pays qui ont réussi à renverser les anciennes dictatures n'ont pas été suffisamment épaulés pour aller à l’avant. Il est temps que les responsables des pays développés sachent se ranger sur la voie juste. Les peuples méritent d’ être protégés contre la tyrannie. Les pays qui s’ engagent dans la voie démocratique et pratiquent la bonne gouvernance méritent réellement d’ être assistés par une coopération franche. L’ Afrique a plus besoin de coopération que de la soie disant aide. Et cette coopération qui est la voie du salut pour l’ Afrique et par voie de conséquence du monde entier, ne peut se faire qu’ avec des autorités africaines compétentes, honnêtes, démocrates dépourvus de tout esprit de division. Une attention particulière doit être aussi accordée à la société civile comme partenaire pour un développement vrai et durable.

S.N. : Est-ce que les nations industrialisées ne fournissent pas déjà suffisamment d' effort pour développement de l’ Afrique?

Est-ce que les africains ne sont pas eux-mêmes responsables de leur pauvreté ? La progéniture est trop grande en Afrique. Les Africains ne veillent pas au planning familial et font trop de guerres tribales.

F.N.M. : Le niveau du développement des nations industrielles occidentales a régressé au cours de ces dernières années. Au cours des années écoulées, l'Afrique n'a pas reçu la moitié des investissements prévus. Si les nations industrielles accordaient suffisamment d'aide au développement, le sommet mondial pour le développement social n'aurait par exemple pas eu lieu au début mars 1995, bien qu'il n'ait rien permis de réaliser de concret jusqu'à aujourd'hui. La conférence mondiale et environnementale sur l'Afrique qui s'est tenue en octobre 1993 à Tokyo peut le prouver. Le nouveau partenariat pour un développement durable de l'Afrique est resté jusqu'à présent une vaine promesse. La politique de développement mondiale devrait se soucier davantage de satisfaire les besoins fondamentaux des être humains dans ce monde. La technologie moderne est capable de favoriser un tel objectif. Pour cette raison, au lieu de plaider uniquement en faveur d'un développement matériel, il faudrait également tenir compte du développement spirituel. Il est possible de créer un autre type de coopération constructive entre les peuples d'Afrique et d'Europe, entre le nord et le sud. Cette coopération est même une chance lorsqu'il est question du progrès humanitaire du monde. L'Afrique a été un champ d'expérimentation pour les armes des deux super-puissances pendant la guerre froide. De nombreuses entreprises des pays démocratiques occidentaux vendent des armes aux dictateurs africains ou à des bandits armés. Chaque homme doué de raison sait que la vente d'armes entraîne la mort de millions de personnes, la destruction massive de villes, de villages, de champs, d'entreprises, d'installations industrielles. Elle rend les routes impraticables et les champs incultivables. C'est une action criminelle, une atteinte aux droits de l'homme, en particulier lorsqu'elle se pratique dans des pays en guerre ou en conflit. On compte par exemple plus de 110 millions de mines anti-personnel en Afrique, Asie, Amérique latine, qui empêchent la population de travailler, de produire et de se nourrir. Les pays industrialisés n'hésitent pas à soutenir des dictateurs des régions en crise, aussi longtemps qu'ils voient leur intérêts dans les conflits, dans ce chaos. L'importation d'armes coûte une fortune aux pays pauvres. Les dépenses militaires dépassent celles en faveur du bien social. Il y a aide au développement militaire ou policière dans des pays où les droits de l'homme sont lésés quotidiennement, où des dictateurs sont au pouvoir. Cela n’ est pas une bonne action de la part des pays démocratiques. En ce qui concerne la surpopulation en Afrique, on sait que l'Afrique est trois fois plus grande que l'Europe mais trois fois moins peuplée. Le point de vue des hommes politiques et des médias qui parlent constamment de la surpopulation de l'Afrique est erroné. En reprochant aux africains de se reproduire trop rapidement, on détourne l'attention des faits réels. Il est fondamentalement faux de considérer que la soi-disant maîtrise de l'explosion démographique serait un espoir pour le développement et le bien-être matériel de l'Afrique. En Afrique, les enfants sont une assurance vieillesse. En raison du fort taux de mortalité des nourrissons, les familles sont forcées d'engendrer davantage d'enfants qu'en Europe. Pourtant, l'Afrique reste sous-peuplée. Le potentiel démographique n'a donc pas forcément grand chose à voir avec la pauvreté et la misère en Afrique. Le meilleur planning familial serait de payer à bon prix les produits venus d'Afrique, de mettre fin aux spéculations de toutes sortes sur le marché mondial. L'Afrique devrait être aidée à organiser, à produire des occupations payées pour sa population afin que l'assurance retraite basée sur la solidarité des enfants puisse être remplacée par une retraite payée. Ce serait une solution raisonnable. Celui qui aide l'Afrique s'aide lui-même. En effet, l'élargissement de certaines exportations du marché pourrait ainsi être garanti encore davantage. Certaines personnes espèrent que le développement démographique de l'Afrique soit freiné par la progression du sida et par les guerres civiles qui tuent tous les ans des millions de personnes. Cet espoir cynique peut se refléter dans des déclarations telles que:„l'épidémie du sida transforme l'Afrique en un continent en voie de disparition". Cet espoir est déraisonnable et pervers. Il serait préférable de se concentrer sur la possibilité de faire de ce continent un vrai partenaire sous tous les plans et mieux l' aider à lutter contre les fléaux du sida, du malaria, paludisme, contre le totarisme de certains gouvernements. Il est honnête d' accorder les prêts sans intérêts nécessaires aux projets d'auto assistance, tout particulièrement dans les régions agricoles.

Il est important pour nous les Africains aussi à croire à la valeur de nos propres capacité et à l’ unité. Nous devrions nous mettre au travail et éviter que la médiocrité perdure. Nous pouvons par exemple, personnellement oeuvrer à l’ auto suffisance alimentaire. Nous pouvons éviter le développement des certaines épidemies facilités par les ordures jetées, abondonnées en masse dans les ruiseaux, rivières, terrains vages, dans les parcelles et au bord des routes. Il est urgent que les citoyens et surtout les pouvoirs publics agissent en conséquence pour améliorer la situation sanitaire.

S.N. : Les gouvernements africains n'ont pas tenu leurs promesses faites aux conférences internationales, aux sommets mondiaux de la femme qui se sont tenus à Copenhague en 1980 et à Nairobi en 1985. La participation des femmes aux activités rémunérées n'a pas augmenté. Au cours d'autres manifestations telles que la „conférence sur la démographie mondiale" du Caire en 1994 et la „conférence sociale du monde" de Copenhague en 1995, aucune occasion n'a été négligée de plaider pour une amélioration de la situation des femmes africaines. Quand s'arrêtera l'oppression des femmes en Afrique ?

F.N.M. : Pendant les conférences citées, on a parlé souvent avec passion de la conquête de positions sociales ou de l'amélioration de la situation des femmes. Il est très bien que beaucoup d'attention soit accordée à de telles questions. En pourcentage, la situation ne s'est pas améliorée dans de nombreuses régions d'Afrique. Il est entre autre à saluer que les femmes commencent à occuper des hautes fonctions au niveau des états. Il leur appartient que ne pas tomber dans les pièges, dans les eurreurs des hommes et qu’ elles nous aident à oeuvrer pour une société plus juste. Aujourd’hui l’ état de droit n’existe pas dans la quasi- totalité des répulique africaines. Le devoir primaire est d’ oeuvrer pour l’ instauration de cet état de droit dans les pays africains.

Les activités rémunérées sont presque inexistant pour les populations. La jeunesse est désoeuvrée. Les Jeunes en Afrique sont en général sans perspective. Ils vivent une galère sans fin, pour ne pas dire une calvaire. Les événements de 2005 montrant des jeunes tentant de gagner l'Europe au Maroc, en Espagne, l' Italie pour aller y chercher le salut le rappelle sans cesse avec acuité. Dans ces circonstances, vous pouvez comprendre combien il est difficile et pénible d'imposer un droit particulier tel que la hausse de la quote-part des femmes dans les activités rémunérées. Même pour les activités rémunérées, les africains touchent bien trop peu d'argent pour ce qu'ils font. Est-ce que les gens s'intéressent aux misérables conditions de travail des agriculteurs pendant la récolte des fruits tropicaux, du sucre, du café, du cacao, ou encore des fruits, des fleurs, des légumes ? Combien de personnes s'intéressent réellement au salaire des petits paysans, à leurs produits d'exportation et à leur commercialisation dans le monde entier. Qui s' intéresse au rôle du business agricole international en Afrique. Prenons quelques exemples :Un directeur d'école primaire ou un conseiller d'études qui veut venir en Europe, doit économiser pendant cinq ans, si toutefois il le peut, pour prendre trois semaines de vacances. S'il veut acheter une voiture d'occasion, qui a déjà cinq ans, il faut qu'il déploie le même effort. Un simple professeur ou un ouvrier doit vendre presque tout ce qu'il possède pour pouvoir réaliser un tel voyage, sans parler du fait que la majorité des enseignants, professeurs exercent des activités annexes pour pouvoir nourrir leur famille. Les bases de succès pour tous les africains résident dans le système éducatif, dans l' établissement d'un système d'Etat de droit. Le fait que beaucoup de femmes accèdent à des positions dirigeantes ne changera rien en Afrique si les structures actuelles sont maintenues. Les objectifs sociaux doivent principalement s'orienter en vue de satisfaire les besoins fondamentaux des populations. Il y a un certain nombre de femmes dans les gouvernements et dans les postes-clés de l'économie et de l'administration. Par exemple, la présidente du tribunal administratif d'Abidjan, la plus grande ville de Côte d'Ivoire, est une femme. Un autre exemple, la banque africaine du développement est dirigée par une femme. Son adjointe est également une femme. Lorsque l'on sait ce que les femmes en Afrique sont capables de faire, il est évident que leur confiance en elles-mêmes doit être renforcée. Les femmes coordonnent principalement les activités du secteur informel. Elles déterminent presque à elles seules le commerce dans ce secteur. Il faudrait encourager de plus en plus ce dynamisme par de nouvelles mesures de formation, des soutiens financiers venus d'organisation d'aide à l'auto assistance, des coopératives. La production artisanale et agricole devrait être améliorée tout comme le système d'économies et de prêts. On pourrait ainsi faire davantage pour améliorer la situation des femmes dans des couches importantes de la population. La conquête de certains postes dirigeants par les femmes ne peut pas apporter ni faire bouger grand chose. Naturellement, tous les problèmes de l'Afrique ne peuvent pas être ramenés à l'esclavage et au colonialisme. Plus de 45 ans après l'indépendance pour l' ensemble de l' Afrique, il faut constater que de nombreux pays sont eux-mêmes principalement responsables de leurs erreurs. Les gouvernements et les élites empêchent le développement matériel et technologique de l'Afrique. La minorité au pouvoir use en général ses positions que s'enrichir personnellement et mener une vie extravagante. Elle est en grande partie un véritable frein au développement économique. Ceci dit, que celui qui s'intéresse réellement à une amélioration de la situation des femmes africaines, devrait plaider en faveur des institutions démocratiques, de l'indépendance économique de l'Afrique et d'une amélioration du système éducatif. La créativité, la mobilité intellectuelle, les initiatives privées, le travail des associations devraient être encouragées. Les technologies favorables à l'environnement devraient être transférées dans les pays et dans le continent. Sans ces modifications structurelles fondamentales,en un mot, sans disparition des dictatures, sans la bonne gouvernance la situation des femmes en Afrique ne pourra pas être améliorée durablement. Un progrès dans la situation des femmes pourrait être atteint par l'alphabétisation, l'encouragement de l'artisanat, des mesures de formation dans les régions agricoles les plus pauvres. Si on apprend en Afrique à conserver les produits alimentaires agricoles après la saison, une partie du problème de la faim serait résolue. Mais en Afrique le développement est le plus souvent mal compris sinon mal adapté. Voyant en guise d' exemple les pays de l' Afrique centrale aux terres très fertiles qui ne se donnent pas la peine d' intensifier leur agriculture. La culture de la banane plantain par exemple pouvait être bien maîtrisée dans cette partie de l’ Afrique et assurer ainsi une alimentation de base aux valeurs nutrictives inestimables, au lieu de s' acharner à importer massivement des produits en masse et rendre ainsi la vie plus Chère.

S.N. : Que dire sur la polygamie et l'excision chez les femmes ?

F.N.M. : Il faut dire tout d'abord que la polygamie et l'excision chez les femmes ne sont pas de bonnes choses, avant d'essayer d'éclaircir certains problèmes. Le nouveau développement de la polygamie en Afrique est inquiétant et doit être considéré avec soucis, de même que le nombre croissant de divorces dans la société occidentale. Il est certain que la polygamie avait son rôle à jouer dans les sociétés traditionnelles africaines, par exemple dans les régions agricoles où l'exode des jeunes est une effrayante réalité et où les adultes ne peuvent plus compter sur une participation de leurs enfants au travail des champs. Depuis toujours, les africains vivent en collectivité et ont besoin de grandes familles. Ce n'est qu'ainsi qu'ils trouvent la force de maîtriser certains travaux et aussi puiser leur joie de vivre. Mais les nouvelles tendances développées ces dernières années dans de nombreux pays d'Afrique et en particulier dans les pays et les villes dominées par le christianisme, sont une ironie de l'histoire. Paradoxalement, il faut rechercher les raisons de la polygamie, aujourd'hui dans les nouveaux problèmes qui ont surgi dans les sociétés africaines. Les anciennes causes de la polygamie résident dans l'importance que l'on donne aux enfants et au mariage dans ce deuxième continent du monde. Une femme ou un homme sans enfants ne valent pas grand chose en Afrique, quel que soit le succès matériel et professionnel. Une femme qui ne peut pas mettre d'enfants au monde n'a aucune chance de trouver quelqu'un susceptible à transmettre ses plaintes, lorsque son mari prend une seconde femme. Cependant, on attend malheureusement aujourd'hui encore que la femme n'ait des enfants que d'un seul homme ou dans le cadre d'une union matrimoniale, si elle veut être respectée dans la société, alors qu'un homme peut vivre sans contraintes avec deux, même plusieurs femmes ou d' entretenir ouvertement de 2e , 3e bureau. Ainsi les femmes sont la plupart du temps contraintes à accepter chaque union, qu'elles soient cultivées ou non. Si deux femmes peuvent mutuellement s'accepter comme deux soeurs dans les unions polygames, la polygamie peut être considérée comme un moindre mal par rapport aux nombreux divorces qui se produisent dans les pays industriels occidentaux où il est naturel pour beaucoup de gens de divorcer immédiatement à cause d'un nouvel amant ou d'une maîtresse, afin de contracter un nouveau mariage. Cependant dans de nombreux mariages polygames, la paix et la compréhension mutuelle sont souvent des mots inconnus. Par ailleurs, lorsque les femmes africaines tolèrent la polygamie, cela ne signifie pas obligatoirement qu'elles sont incroyablement passives. La femme africaine est beaucoup plus indépendante qu'on ne le croit. Dans la vie publique, les femmes ou les hommes vivent la plupart du temps entre eux. L'enfant ou les enfants qu'une femme a eu de son mari, sont beaucoup plus importants pour elle que le mari lui même. Avoir un enfant pour soi, apporte fierté, richesse et est une assurance vieillesse. Pour cette raison, le fait de se partager un homme au sein du mariage n'est pas considéré comme une situation aussi malheureuse ni aussi dramatique. Etant donné que les enfants sont plus importants que le mari, les femmes conservent sans problèmes leur nom de jeune fille. De nos jour, la polygamie est malheureusement aussi la source de l' expansion rapide de Sida.

En ce qui concerne l'excision, elle n'est pas connue dans toute l'Afrique. En Afrique centrale et dans les pays du sud de l'Afrique, mis à part dans une partie de l'Angola, ces coutumes inimaginables surprennent autant qu'en Europe. L'excision des jeunes filles est pratiquée dans certaines régions d'Afrique, tout particulièrement en Afrique occidentale, en Somalie, et en partie au Kenya et en Angola. Dans ces deux derniers pays, elle existe chez certaines populations : chez les Ndembu en Angola et chez les Massaï au Kenya. L'excision consiste à retirer ici le prépuce du clitoris. Des recherches ont montré que l'excision était déjà pratiquée dans l'ancienne Egypte il y a 2000 ans. En dehors de l'Afrique, cette coutume est également pratiquée dans certains pays d'Amérique du sud et à Papoue (Nouvelle Guinée). La façon dont l'excision est pratiquée symbolise, de l'avis des gens, le passage de l'enfant au monde des adultes. Les hommes pensent bizarrement, de même que beaucoup de femmes, que c'est une pratique similaire à celle de la circoncision des petits garçons pratiquée en Afrique et dans de nombreuses autres régions du monde, qui consiste à couper le prépuce du pénis. Il faut reconnaître sincèrement que l'excision est cruelle chez les femmes. On dit qu'elle mutile les jeunes filles et leur enlève la possibilité d'éprouver tout désir sexuel durant toute leur vie. Mais saviez-vous que l'excision des organes sexuels a également été pratiquée en Europe au 19ème siècle ? On l'a utilisée comme traitement contre l'hystérie et la masturbation.

Les personnes qui luttent en Afrique contre ces horribles traditions du passé sont souvent isolées socialement. Binta Sidibé de Gambie est souvent confrontée aujourd'hui à l'incompréhension et à l'agression verbale des mères qui ne veulent „que le bien de leurs filles".

Les lois et la répression ne peuvent pas lutter efficacement contre l'excision. Les expériences du passé, déjà du temps de l'époque coloniale, ont montré que ces formes ne sont pas appropriées. Les campagnes d'information pratiquées dans certains pays tels ceux de l'ancien gouvernement du Burkina Faso, qui ont été intégrées dans le programme gouvernemental dès 1983 par le défunt Thomas Sankara, ou l'initiative privée de Binta Sidibé, déjà nommée; femme très bien éduquée et très courageuse, nécessitent un urgent soutien. Un dialogue réel avec la population par lequel les résistances, les réserves et les craintes sont abordées ouvertement devrait avoir lieu avec une nouvelle intensité dans les médias des pays concernés. Les personnes, en particulier les mères des jeunes filles doivent très vite apprendre à comprendre à quel point il est inutile et dangereux de torturer la jeune fille pour soi-disant la rendre adulte ou pour mieux la marier.

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